Vous vous demandez si le glyphosate est toujours autorisé en Espagne, dans quelles conditions et avec quelles conséquences pour la santé et l’environnement. La réponse courte : oui, il est encore utilisé, mais dans un cadre réglementaire européen et national de plus en plus surveillé. Le reste de l’article vous aide à comprendre qui l’emploie, où, avec quelles restrictions, et ce que cela change pour vos pratiques ou vos choix de consommation.
Situation actuelle du glyphosate en Espagne
Le glyphosate reste un herbicide central pour l’agriculture espagnole, tout en étant au cœur d’un débat scientifique, politique et social. Dans cette première partie, vous trouverez l’état des lieux : statut légal, secteurs utilisateurs, présence dans l’environnement et principales controverses.
Où et par qui le glyphosate est-il le plus utilisé aujourd’hui en Espagne ?
L’Espagne se classe parmi les premiers consommateurs européens de glyphosate, avec environ 2 500 tonnes vendues annuellement selon les données du ministère de l’Agriculture. Les grandes exploitations céréalières de Castille-et-León et d’Aragon en sont les principaux utilisateurs, notamment pour préparer les sols avant les semis de blé, d’orge et de tournesol.
Les oliveraies d’Andalousie et d’Estrémadure représentent un autre secteur majeur d’utilisation. Les producteurs l’appliquent dans les inter-rangs pour contrôler la végétation spontanée sans abîmer les racines des arbres. De même, les vignobles de La Rioja, de Catalogne et de Castille-La Manche y ont recours pour maintenir les sols propres entre les pieds de vigne.
En revanche, les collectivités territoriales réduisent progressivement leur dépendance. Barcelone, Madrid, Valence et Séville ont interdit son usage dans les espaces verts municipaux depuis 2018-2020. Les gestionnaires d’infrastructures ferroviaires et routières, comme ADIF et RENFE, cherchent également des alternatives sous la pression citoyenne.
Cadre réglementaire européen et spécificités espagnoles actuelles
L’Union européenne a renouvelé l’autorisation du glyphosate en décembre 2023 pour une période de dix ans, après des débats intenses entre États membres. Cette approbation fixe les conditions d’utilisation que chaque pays doit respecter : doses maximales, délais avant récolte, zones tampons près des cours d’eau.
L’Espagne transpose ces règles via le Ministerio de Agricultura, Pesca y Alimentación, qui maintient un registre de produits phytosanitaires autorisés. En 2025, environ 250 formulations commerciales à base de glyphosate sont homologuées sur le territoire espagnol, destinées aux professionnels agricoles disposant du carnet d’applicateur de produits phytopharmaceutiques.
| Restriction | Application en Espagne |
|---|---|
| Dose maximale | Variable selon culture, généralement 1 440 à 2 160 g/ha |
| Zone tampon | 5 à 20 mètres des points d’eau selon le matériel |
| Délai pré-récolte | Interdit comme dessiccant sur céréales depuis 2020 |
| Espaces publics | Interdit dans de nombreuses municipalités |
Contrairement à la France qui a tenté (sans succès juridique) d’interdire le glyphosate à l’échelle nationale, l’Espagne maintient une approche conforme au droit européen tout en renforçant les contrôles et les formations obligatoires pour les applicateurs.
Comment le glyphosate en Espagne se retrouve-t-il dans sols, eau et aliments ?
Les analyses menées par l’Agencia Española de Seguridad Alimentaria y Nutrición (AESAN) détectent régulièrement du glyphosate dans les eaux de surface agricoles, particulièrement dans le bassin de l’Èbre et du Guadalquivir. Les concentrations mesurées dépassent rarement 0,1 microgramme par litre, limite fixée pour les eaux destinées à la consommation humaine, mais leur présence répétée pose question.
Dans les sols cultivés intensivement, le glyphosate se dégrade généralement en quelques semaines grâce à l’activité microbienne. Toutefois, son métabolite principal, l’AMPA (acide aminométhylphosphonique), persiste plus longtemps et s’accumule dans certains cas. Les terres argileuses lourdes d’Andalousie montrent des résidus plus élevés que les sols sableux méditerranéens.
Concernant l’alimentation, les contrôles officiels de 2024 révèlent que 96 % des échantillons analysés respectent les limites maximales de résidus. Les dépassements concernent occasionnellement les légumineuses importées et certains fruits secs. Les céréales espagnoles présentent des taux faibles, généralement inférieurs à 0,05 mg/kg, bien en dessous du seuil autorisé de 10 mg/kg pour le blé.
Santé humaine, environnement et débats scientifiques autour du glyphosate

Les risques pour la santé et la biodiversité constituent le cœur de la controverse autour du glyphosate en Espagne. Cette partie fait le point sur les connaissances disponibles, les divergences d’expertise et les réactions de la société civile.
Pourquoi l’évaluation du risque cancer lié au glyphosate divise encore les experts ?
En 2015, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), agence de l’OMS, a classé le glyphosate comme « probablement cancérogène pour l’homme » (groupe 2A). Cette classification s’appuie sur des études montrant des lymphomes non hodgkiniens chez des agriculteurs fortement exposés et des effets génotoxiques en laboratoire.
À l’inverse, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) concluent qu’aux doses d’exposition réelles, le glyphosate ne présente pas de risque cancérogène avéré. Elles jugent les données disponibles insuffisantes pour établir un lien de causalité direct chez l’homme.
Cette divergence s’explique par des méthodologies différentes : le CIRC évalue le danger intrinsèque de la substance (peut-elle théoriquement causer le cancer ?), tandis que l’EFSA évalue le risque réel selon les conditions d’utilisation (quelle probabilité dans la pratique ?). En Espagne, cette confusion scientifique alimente la méfiance du public et complique le débat politique, plusieurs partis réclamant l’interdiction totale tandis que les organisations agricoles défendent son maintien encadré.
Effets possibles sur la biodiversité, les abeilles et la faune des campagnes
Bien que le glyphosate cible spécifiquement les plantes, son usage modifie profondément les écosystèmes agricoles espagnols. En éliminant toute végétation spontanée, il réduit la diversité floristique dont dépendent les insectes pollinisateurs. Une étude menée en Catalogne en 2023 montre une diminution de 40 % de la biomasse d’insectes dans les parcelles traitées régulièrement au glyphosate par rapport aux zones en gestion différenciée.
Les abeilles domestiques et sauvages ne sont pas directement empoisonnées par le glyphosate, mais souffrent de la raréfaction des plantes mellifères en bordure de champs. Les populations d’abeilles solitaires, essentielles à la pollinisation des oliviers et amandiers espagnols, accusent un déclin marqué dans les zones de monoculture intensive.
La faune des campagnes pâtit également de cette simplification du milieu. Les oiseaux comme l’outarde barbue, emblématique des plaines céréalières de Castille, ou l’alouette des champs voient leur habitat alimentaire appauvri. La Sociedad Española de Ornitología (SEO/BirdLife) documente une corrélation entre intensité d’usage des herbicides et déclin des populations d’oiseaux insectivores dans les zones agricoles.
Comment les citoyens en Espagne perçoivent-ils encore le glyphosate aujourd’hui ?
Les sondages réalisés en 2024 par le baromètre du Centro de Investigaciones Sociológicas (CIS) révèlent que 68 % des Espagnols se déclarent préoccupés par la présence de pesticides dans leur alimentation, le glyphosate étant le plus fréquemment cité. Cette inquiétude traverse tous les milieux sociaux, mais s’exprime surtout dans les zones urbaines et chez les jeunes de 25 à 40 ans.
Plusieurs mobilisations citoyennes ont marqué le territoire. À Valence, une pétition de 15 000 signatures a obtenu l’interdiction du glyphosate dans les 19 districts de la ville en 2019. À Séville, des collectifs de parents d’élèves ont fait pression pour bannir les traitements herbicides à proximité des écoles, conduisant à l’adoption d’un règlement municipal strict en 2021.
Ce fossé entre perception citoyenne et pratiques agricoles crée des tensions. Les agriculteurs espagnols dénoncent une stigmatisation injuste, arguant qu’ils respectent scrupuleusement la réglementation et que les alternatives proposées ne sont ni techniquement viables ni économiquement supportables à court terme. Les organisations comme ASAJA et COAG plaident pour un débat apaisé basé sur les données scientifiques officielles plutôt que sur l’émotion.
Usages agricoles, alternatives possibles et transition des pratiques

Pour les agriculteurs espagnols, le glyphosate est avant tout un outil agronomique, en particulier dans le désherbage et le semis direct. Comprendre ses usages concrets permet de mesurer les difficultés, mais aussi les pistes pour réduire sa dépendance.
Comment les exploitations espagnoles utilisent-elles le glyphosate au quotidien sur le terrain ?
Dans les exploitations céréalières de plus de 100 hectares, le glyphosate intervient principalement en pré-semis. Les agriculteurs l’appliquent en mars-avril pour nettoyer les parcelles avant d’implanter le tournesol ou le maïs, évitant ainsi la concurrence des adventices durant la phase critique de levée. Cette pratique permet aussi de pratiquer le semis direct, technique qui préserve la structure du sol et limite l’érosion, particulièrement importante dans les zones pentues d’Aragon.
Les oléiculteurs andalous l’utilisent deux à trois fois par an dans les inter-rangs, généralement au printemps et en automne. Un exploitant type de 30 hectares d’oliviers applique environ 60 litres de formulation commerciale diluée par campagne. Cette méthode remplace le labour entre les arbres, qui endommagerait les racines superficielles et favoriserait l’érosion sur les terrains en pente.
En viticulture, les vignerons de La Rioja privilégient l’application localisée sous le rang, laissant l’enherbement se développer dans les inter-rangs. Cette stratégie hybride réduit d’environ 60 % les quantités utilisées par rapport à un désherbage total, tout en maintenant la compétitivité face aux vignobles français et italiens voisins.
Alternatives au glyphosate en Espagne : quelles options réalistes pour les agriculteurs ?
Le désherbage mécanique constitue l’alternative la plus répandue. Les exploitations biologiques espagnoles utilisent des herses étrilles, bineuses ou déchaumeurs à disques. Toutefois, ces outils nécessitent plusieurs passages, consomment du carburant et ne fonctionnent bien que par temps sec. En Galice ou dans le Pays basque, où les pluies sont fréquentes, les fenêtres d’intervention sont limitées.
Le désherbage thermique par flamme ou par vapeur gagne du terrain dans les cultures maraîchères de Murcie et d’Almería. Les coûts énergétiques restent élevés (environ 150 euros par hectare contre 20 euros pour un traitement au glyphosate), mais certains producteurs l’intègrent dans leur stratégie de différenciation commerciale vers le bio ou le zéro résidu.
Les techniques agronomiques préventives offrent des solutions complémentaires : rotations diversifiées incluant des légumineuses couvrantes, faux-semis pour épuiser le stock semencier d’adventices, ou paillage organique dans les cultures pérennes. Des coopératives comme Cooperativas Agro-alimentarias proposent désormais des formations spécifiques pour accompagner cette transition technique.
| Méthode alternative | Coût estimé/ha | Limites principales |
|---|---|---|
| Désherbage mécanique | 80-120 € | Dépendant de la météo, usure matériel |
| Désherbage thermique | 120-180 € | Consommation énergétique élevée |
| Paillage organique | 200-400 € | Main-d’œuvre, disponibilité matière |
| Enherbement maîtrisé | 40-80 € | Concurrence hydrique en zone sèche |
Comment concilier compétitivité agricole espagnole et réduction des herbicides chimiques ?
Les filières espagnoles craignent une perte de compétitivité face aux importations de pays tiers moins régulés. Un producteur de céréales castillan estime qu’une interdiction brutale du glyphosate augmenterait ses charges de 60 à 80 euros par hectare, sans possibilité immédiate de répercuter ce surcoût sur un marché mondialisé où le blé ukrainien ou argentin arrive à moindre prix.
La transition nécessite un accompagnement public structuré. Certaines communautés autonomes comme la Catalogne ou le Pays basque ont mis en place des aides spécifiques pour l’acquisition de matériel de désherbage mécanique, pouvant couvrir jusqu’à 40 % de l’investissement. Le plan stratégique national de la Politique Agricole Commune 2023-2027 prévoit également des éco-régimes rémunérant les agriculteurs qui réduisent leur usage de pesticides.
La valorisation commerciale des produits issus de pratiques durables représente un levier essentiel. Les filières viticoles espagnoles développent des labels « viticulture raisonnée » ou « zéro glyphosate » qui permettent de justifier des prix supérieurs de 15 à 25 % sur les marchés export, notamment scandinaves et nord-américains. Cette stratégie de montée en gamme pourrait compenser partiellement les surcoûts de production.
Perspectives réglementaires, initiatives locales et conseils pratiques
Alors que l’Union européenne réexamine régulièrement le dossier, l’Espagne doit jongler entre exigences environnementales, enjeux économiques et attentes sociétales. Cette dernière partie aborde les scénarios possibles, les actions locales déjà en place et des repères concrets pour les professionnels comme pour les citoyens.
Vers quel avenir réglementaire du glyphosate en Espagne dans le cadre européen ?
L’autorisation européenne court jusqu’en 2033, mais plusieurs États membres, dont l’Allemagne et les Pays-Bas, militent pour un réexamen anticipé d’ici 2028. L’Espagne adopte une position médiane au sein du Conseil : elle soutient le maintien temporaire pour ne pas fragiliser son agriculture, tout en acceptant un renforcement progressif des conditions d’usage.
Plusieurs scénarios se dessinent pour la période 2028-2033. Une restriction aux usages jugés « essentiels » pourrait limiter le glyphosate aux situations sans alternative technique viable, comme certaines cultures pérennes en zones difficiles. Une sortie progressive par filière permettrait d’étaler l’adaptation sur dix ans, en commençant par les grandes cultures puis les arboricultures.
Le gouvernement espagnol prépare également une stratégie nationale de réduction des pesticides, en cohérence avec les objectifs du Pacte Vert européen qui vise 50 % de réduction d’ici 2030. Cette feuille de route, attendue pour fin 2025, devrait fixer des objectifs chiffrés par substance active et par région, avec des moyens dédiés à la recherche et au conseil agricole.
Exemples de villes et régions espagnoles ayant réduit ou arrêté le glyphosate
La ville de Pontevedra, en Galice, fait figure de pionnière. Depuis 2016, elle a complètement éliminé les herbicides chimiques de ses 110 hectares d’espaces verts municipaux. Les services techniques combinent désherbage manuel, tontes fréquentes et acceptation d’une végétation spontanée contrôlée. Le coût d’entretien a augmenté de 30 %, mais l’image de ville écologique attire touristes et nouveaux habitants.
Barcelone a interdit le glyphosate dans tous ses parcs et jardins en 2018, suivie par un réseau de 80 municipalités catalanes regroupées dans l’initiative Municipis sense Glifosat. Ces villes partagent leurs expériences techniques et leurs appels d’offres pour réduire les coûts d’alternatives. L’utilisation de vinaigre acétique à haute concentration et de brûleurs thermiques électriques donne des résultats satisfaisants sur les surfaces minérales.
La région de Navarre a lancé un programme d’accompagnement de 150 exploitations viticoles et maraîchères vers le zéro glyphosate. Après trois ans, 60 % des participants ont réussi la transition complète, 30 % ont réduit leur usage de 75 % et 10 % sont revenus aux pratiques antérieures faute de rentabilité. Ces résultats nuancés montrent que la réussite dépend fortement du type de culture et de la taille d’exploitation.
Que peuvent faire consommateurs et professionnels face au glyphosate en Espagne ?
Les agriculteurs souhaitant réduire leur dépendance peuvent contacter les services techniques de leur coopérative ou des organismes comme SEAE (Sociedad Española de Agricultura Ecológica). Ces structures proposent des diagnostics d’exploitation gratuits et des formations aux techniques alternatives adaptées aux conditions pédoclimatiques locales. Les réseaux de démonstration DEPHY, déployés dans plusieurs provinces, permettent d’observer concrètement les résultats chez des agriculteurs voisins.
L’investissement dans du matériel de désherbage mécanique peut bénéficier de subventions régionales et nationales. Une bineuse guidée par GPS coûte entre 8 000 et 15 000 euros, mais peut être amortie en quatre à six ans selon la surface exploitée. Des solutions de partage de matériel via les CUMA (coopératives d’utilisation de matériel agricole) rendent ces technologies accessibles aux structures moyennes.
Du côté des consommateurs, privilégier les produits certifiés Agriculture Biologique garantit l’absence totale de glyphosate, avec des contrôles réguliers par des organismes indépendants. Les labels Residuo Cero ou Sin Residuos de Pesticidas, développés par certaines coopératives espagnoles, attestent d’analyses montrant des résidus inférieurs à 0,01 mg/kg, soit 100 fois moins que les limites légales.
Rester informé via les bulletins de l’AESAN permet de consulter les résultats des contrôles officiels sur les résidus de pesticides dans l’alimentation. Ces données publiques, actualisées trimestriellement, offrent une vision transparente de la qualité sanitaire des produits disponibles sur le marché espagnol et permettent de faire des choix éclairés selon son niveau d’exigence personnel.
Face au glyphosate en Espagne, la situation évolue progressivement vers plus d’encadrement et de diversification des pratiques. Entre maintien temporaire pour les usages agricoles essentiels et interdictions croissantes dans les espaces publics, le pays cherche un équilibre entre réalisme économique et réponse aux attentes environnementales. Votre vigilance comme consommateur et l’adaptation des agriculteurs détermineront le rythme de cette transition dans les années à venir.
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